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| Albert Dechambre,
président de l'association Amitié Franco Touareg : «Nos
principaux critères de choix : les régions et les
populations les plus démunies possédant une bonne cohésion
sociale et un désir de se |
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| 24.08.2004
| 14h59 |
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| Pour favoriser
les relations d'entraide entre les peuples de
langue française et les Touaregs, mais aussi
avec les nomades sahariens, l'association Amitié
Franco Touareg issue des voyageurs suit la réalisation
des projets de développement financés par 6 %
des recettes des voyages Croq'Nature. Entretien
avec Albert Dechambre, président de cette
association consacrée au tourisme solidaire. |
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Lorsqu'en 1985
vous avez organisé les premiers stages thématiques
pour adultes avec une cuisine préparée avec
des produits biologiques, vous étiez qualifiés
de marginaux. En 1994, quand vous avez entrepris
les premiers voyages au Maroc sur le thème du développement
local, ils vous ont pris pour des utopistes.
Aujourd'hui, comment êtes-vous qualifiés ?
Pour les médias, nous faisons partie des
initiateurs d'une nouvelle forme de consommation
incluant l'éthique. Aux yeux du public averti,
qui a fait un voyage avec Croq'Nature ou qui
s'informe de ce type de tourisme, nous sommes
peu à peu associés au commerce équitable et
solidaire. Nous avons, d'ailleurs, été invités
en 2002 au sommet de Johannesburg à participer
à une table-ronde sur le commerce équitable et
le tourisme solidaire.
En 2003, nous avons participé à un atelier
international « Stratégie pour un développement
durable du tourisme au Sahara » organisé par
l'Unesco à Ghardaïa en Algérie. De cet
atelier est né un projet pilote de circuit
culturel et de formation de jeunes filles à l'Inzad
« Entendeurs d'Inzad » qui débute cette année.
Ce projet vise à sauvegarder et valoriser le
patrimoine musical et oral des Touaregs comme
outil de développement local.
Cette reconnaissance nous encourage beaucoup même
si elle ne règle pas les problèmes quotidiens
et ne peut rien contre les problèmes géopolitiques
qui rendent notre activité toujours vulnérable,
comme la prise d'otages en Algérie en 2003, qui
a presque anéanti nos efforts (- 75 %) pour réintroduire
une activité touristique durable depuis trois
ans. Les attentats de Casablanca, en mai 2003,
ont certainement eu un impact sur la baisse
inattendue de l'activité au Maroc (-11 %)
durant la saison 2003-2004.
« Amitié Franco Touareg », partenaire de
l'association Croq'Nature, qui organise des
voyages à la rencontre des communautés nomades
du Sahara au Maroc, collabore avec les familles
Azizi et Zaki, elles-mêmes partenaires dans
l'organisation des circuits et des séjours.
Cette coopération pourra être élargie à
d'autres candidats ? Si oui quels sont les critères
de sélection ?
Bien sûr. Nous souhaitons étendre notre coopération,
pour autant que l'activité touristique soit
possible. Nous travaillons, cette année, avec
l'association française Migration et Développement
(M&D). Parmi les principaux critères de
choix : les groupes les plus démunis (zones et
populations) possédant déjà une bonne cohésion
sociale et un désir de se développer, démocratie
dans les décisions, juste répartition financière,
transparence dans tous les comptes et le
fonctionnement.
Dans le cadre d'un partenariat entre
Croq'Nature et M&D, un réseau de chambres
d'hôtes et de gîtes a été créé dans des
villages de l'Atlas. Les premières randonnées,
qui devront débuter prochainement, doivent
participer au financement du développement
villageois. Comment cette collaboration se
traduira-t-elle sur le terrain ?
Les premiers voyages débuteront, en réalité,
en octobre 2004. C'est M&D qui gère avec
les comités villageois la réalisation et les
choix des projets mis en place. Nous tenons à
ce que les projets émanent des associations
locales, qui connaissent à l'évidence mieux
que nous leurs besoins. Le contrôle, si on peut
parler de contrôle, passe par la transparence
de l'information : dans le rapport d'activités
remis aux voyageurs chaque année, où les aides
sont détaillées et chiffrées, et tout
simplement par leur passage sur place pendant
leur voyage. Aussi, l'articulation et la
proximité entre partenaires de développement
et partenaires de tourisme sont-elles
essentielles pour la réussite des projets et
leur durabilité.
Grâce aux richesses naturelles du Maroc
(mer, désert et montagne), le Royaume serait-il
une destination idéale pour le tourisme
alternatif ? Et quel serait, selon vous, le
profil de ce nouveau type de voyageur en vue de
lui offrir un produit conforme à sa demande?
Le Maroc possède de nombreux atouts et également
son accueil légendaire. La conservation des
traditions, dans les zones rurales, est sans un
aucun doute un critère important pour une autre
forme de tourisme, plus proche des gens, mais
l'intérêt de cette forme de tourisme pour les
touristes est une autre histoire. S'inscrire
dans la durée pour les habitants est également
une vraie démarche alors que la mentalité est
plutôt de vivre au jour le jour. Par ailleurs,
le Maroc, plus sûr par rapport aux autres
destinations, comme le Niger et le Mali dispose
d'infrastructures modernes, qui rassurent ceux
qui veulent, par exemple, avoir une première
expérience du désert. Ainsi le Maroc, dans
notre catalogue, constitue un tremplin pour les
voyageurs, qui commenceront par le Royaume, puis
iront plus loin et contribue à une forme de
solidarité entre les peuples du Nord du Sahara
et ceux du Sud. D'ailleurs, une partie des
sommes récoltées au Maroc (les 6 % de chaque
voyage, qui reviennent au développement
collectif) est utilisée dans ces pays plus
pauvres.
Le rapport présenté, lors de votre dernière
assemblée, a épinglé l'accueil des hôtels à
Marrakech. Que leur reprochez-vous précisément
et avez-vous noté depuis, une nette amélioration
dans ces établissements ?
Le tourisme à Marrakech est un tourisme de
masse. Les hôteliers ont une vision de
rentabilité immédiate et aucune dimension
humaine, si ce n'est un semblant de courtoisie.
L'argent est engrangée par des privilégiés,
qui payent très mal leurs salariés, ce qui va
à l'encontre de nos valeurs.
«Prenez uniquement des photos, ne laissez
que vos empreintes de pas », c'est le slogan
des associations des professionnels du tourisme
alternatif, qui prônent, auprès de leurs
clients, une charte de bon comportement. Quelles
sont les grandes lignes de cette charte ?
C'est avant tout, le respect des populations et
des hommes en particulier : pas de voyeurisme
mais du partage. Voici, par exemple, le cinquième
engagement figurant dans la «Charte du tourisme
équitable», que nous avons rédigée avec
d'autres associations.
« Le voyageur, qui opte pour cette forme de
tourisme est un consommateur responsable, qui a
pris conscience que son attitude et ses actes
sur place peuvent être, pour les populations
d'accueil, autant un facteur de développement
qu'un élément déstabilisateur. En conséquence,
il s'engage à se garder de toute attitude et de
toute intervention, qui pourraient bouleverser
les équilibres sociaux, culturels et écologiques
des communautés d'accueil et viendraient
contrecarrer leurs dynamiques de développement.
En particulier, il s'interdit tout don ou
intervention directe sur un lieu qui ne serait
pas placé sous le contrôle des responsables
des communautés d'accueil.» Dans l'esprit de
ce 5e engagement, il existe d'autres
initiatives, comme la Charte éthique du
voyageur (Terres d'aventure, Atalante, Grands
reportages, Trek, Lonely Planet), qui donne une
série de recommandations très concrètes,
comme celles-ci : avoir une tenue vestimentaire
décente, ramasser ses ordures telles les piles,
ne pas distribuer de médicaments ou du moins
les remettre aux responsables locaux, éviter
les dons inutiles, qui favorisent une relation
de dépendance : stylos, briquets ou lampes, ne
pas utiliser du bois dans les zones désertiques
mais du gaz pour la cuisine, ne pas acheter des
objets comme des pointes de flèches ou des
poteries, qui induisent un commerce pouvant détruire
le patrimoine culturel.
Les touristes viennent du Nord de l'hémisphère
et, selon la Banque mondiale, 55 % des recettes
du tourisme mondial reviennent à cette partie
du Globe. Ce taux est largement sous-estimé,
selon les éco-opérateurs, qui évaluent à 75
% les bénéfices des compagnies aériennes, chaînes
hôtelières et voyagistes occidentaux. Les
perspectives du tourisme solidaire vont-elles
entraîner un partage équitable des recettes
entre pays émetteurs et pays d'accueil ?
C'est le but, mais c'est loin d'être gagné.
Les tarifs bas, pratiqués par les tours opérateurs
classiques qui réalisent leur chiffre
d'affaires sur quelques destinations très prisées
et sans risques, que tout le monde connaît, et
la mentalité du consommateur, toujours moins
cher, font que notre action est encore très
locale.
D'autre part, le coût du transport aérien, inévitable
pour nous (à moins de rejoindre l'Afrique en
chameau) pèse lourd dans l'équilibre économique.
Pour notre part, sur 100% du prix d'un voyage,
40% sont consacrés au transport aérien, 27% à
la prestation (salaires, hébergement), 8,5% à
l'investissement dans le tourisme, 6% au développement
collectif (écoles, centres de santé, puits,
etc.), 19% au fonctionnement de notre structure.
Amitié Franco Touareg
L'association Amitié Franco Touareg fondée en
1990 a pour but de favoriser les relations
amicales et culturelles d'entraide entre les
peuples de langue française et les Touaregs du
Sahara (par Touareg, les responsables de cette
association entendent le peuple touareg, mais
aussi plus généralement les nomades
sahariens).
Issue des voyageurs, Amitié Franco Touareg
suit, épaule et contrôle la réalisation des
projets de développement financés par 6 % des
recettes des voyages Croq'Nature, en partenariat
avec les associations locales.
Les ressources propres de cette association
proviennent des ventes de produits artisanaux
berbères et touaregs lors des salons, des
cotisations et aides de ses adhérents.
Au Maroc, Amitié Franco Touareg travaille avec
plusieurs partenaires : Azalaï, la famille Zaki
et l'association Tazouta, Migration et développement,
etc.
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| Propos
recueillis par Rachid Tarik |
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