Croq'Nature Randonnées chamelières touareg - Sahara

Points de vue...

 

 

Après la diffusion des Racines et des ailes sur le sujet du tourisme équitable le 30 mai 2007 

Bonsoir,

 

Peut être mercredi soir étiez vous devant votre écran de télévision : un sujet sur le tourisme équitable traité par FR3 dans le cadre de l'émission "Des Racines et des Ailes"

 

Peut être, tout comme moi, très vite scandalisée, excédée par le premier reportage, vous vous êtes cramponnée aux accoudoirs de votre fauteuil : Non non, taper sur la télé, ça fait du bien mais cela ne sert à rien.

 

Peut être avez-vous alors fait le choix d'éteindre le poste.

 

Moi, pour une raison exposée plus loin, j'ai choisi de boire jusqu'à la lie, en rongeant mon frein : il me fallait attendre la fin de l'émission pour pouvoir être objectif et vous écrire aujourd'hui.

 

Quoi ? Il suffirait de verser 50 € à l'UNESCO, et d'en tirer un avantage commercial d'ailleurs bien supérieur, il suffirait de faire voyager des touristes en car Pullman, voire en hélicoptère, de les héberger dans des hôtels plutôt luxueux, de leur faire manger des mets datant du précolombiens cuisinés par des chefs, de les faire accompagner par un guide local (ouf, enfin un contact avec un autochtone) pour s'enorgueillir de pratiquer le tourisme équitable ?

 

Ou sont les rencontres, non pas avec quelques nantis qui se partagent le gâteau, mais avec les mexicains, les mayas dans leur vie au quotidien ? Ou est le partage de leurs joies, de leurs peines, de leurs difficultés à joindre les deux bouts ? Ou est la rencontre de ces regards, ou sont ces simples "bonjour" échangés au hasard du voyage ? Je n'ai vu que des touristes, visitant seuls des sites par ailleurs très beaux. Je n'ai pas vu de voyageurs, je n'ai pas entendu de préoccupations sur le respect de l'environnement (ce qui est différent du site protégé par l'Unesco), sur l'éducation des enfants et plus encore des filles, sur l'approvisionnement en eau potable, sur l'accès aux soins élémentaires, et si peu sur la culture locale.

 

J'ai voyagé il y a quelques temps en Bolivie. J'ai vu ces échoppes qui vendaient des offrandes à la Pacha Mama, objet de leur culte, de leurs croyances, de leurs espoirs. Ou est le respect du bolivien de la rue fier de sa culture dans l'achat d'un banal "souvenir" fait de végétaux, de bonbons multicolores, de fœtus qui ne trouvera peut être même pas sa place dans l'avion du retour ?

 

Qu'un tour opérateur participe au financement de l'UNESCO, c'est probablement louable (quoique la finalité soit mercantile...) mais il n'y a ici aucune équité. Et que dire de ces propos sur la fondation de tisserand : chemin long, en état sommaire, risquant de se dégrader encore plus avec la pluie, tout cela occultant un lieu reconnu comme attachant et risquant de disparaître si les touristes n'y vont pas. Oui mais il y a le timing, et puis manger dehors sous un simple abri, vous ne vous rendez pas compte. Et puis, il faudrait voir encore ce que nous proposent les cuisines (comme s'il y en avait plusieurs...). Lamentable !

 

Et je ne parlerai pas de la mine de Potosi : j'en suis ressorti au bout d'1/2h. Je ne supportais pas cette atmosphère oppressante dans toutes les acceptations du terme. Ceux qui y sont restés sont ressortis 1h plus tard, dans le silence, les épaules lourdes, le visage marqué. Par respect pour eux même, je ne les ai pas photographié mais ils portaient en eux l'effroyable vérité : Même s'il s'agit d'une coopérative, on ne vit pas très vieux dans la mine... Et après cela on n'a ni envie d'acheter à Potosi un plat en argent qui a le gout de la peine, de peur que cela ne profite qu'à des intermédiaires, ni négocier le moindre prix : ce serait indécent.

 

En résumé, et sans jeté l’opprobre sur JET Tours, cet opérateur comme bien d’autres reste pour moi à l'antipode du tourisme équitable.

Comme cet autre opérateur qui propose, fort cher d'ailleurs, des séjours dans le désert. Le logement est en tente berbère, le mobilier est en bois précieux, les cousins en soie. Dehors, en plein milieu des dunes, il y a une piscine à débordement. A coté, des pelouses ont été aménagées pour y faire paitre des antilopes. Alors oui, les tentes sont modèle "berbères", mais ou est le campement nomade qui pourrait y ressembler? Le profit, il se partage en deux. Est-ce cela l'équité ? Ou alors demain, même le tourisme sur Dubaï pourra se qualifier d'équitable.

 

Bien sur, il y a eu ce second reportage sur l'association « TENDREL Action Tibet » d'abord au Népal et ensuite en Chine. Certains passages m'ont choqué et il me parait dangereux de confondre assistanat et équité. Mais je reconnais dans l'attitude de cette femme une profonde humanité et un désintéressement financier qui font mal de voir ces deux reportage sous la même bannière. D'ailleurs à plusieurs reprises, nous avons pu entendre parler d'éthique et de tourisme solidaire et cela sonnait juste. Et bien sur, vous aurez remarqué qu'aucun des deux organismes n'a signé la charte du tourisme équitable. Détail…

 

Un reportage avait cependant été tourné au Niger, sous l'égide de Croqu'Nature dans le cadre de cette émission. Et là, alors qu'il me semble impossible de pouvoir douter de l'équité de la démarche tant elle est transparente et adulée par les populations du Sahara elle même, nous avons appris mardi matin que le reportage ne serait pas diffusé : pas assez culturel, pas de rencontre avec les populations. Vous l'aurez compris, outre le fait de voyager avec Croqu'Nature, je suis adhérent d'Amitié Franco Touareg et d'autres associations humanitaires.

 

Mais cette injustice que nous ressentons tous n'est rien. C'est le concept d'équité, repris dans le "commerce équitable", dans le "tourisme équitable" qui est ici galvaudé. Un tel reportage contribue à noyer le poisson dans son bocal.

 

Je suis convaincu qu'aujourd'hui, ces touristes de JET Tours sont heureux d'avoir participé à cette grande entreprise humaine. S'ils savaient ? S'ils avaient simplement osés sortir de leurs bel hôtel pour traverser les favelas, ils sauraient que l'équité c'est autre chose.

 

Alors ce soir, je suis en colère, et je me dis que nous n'avons pas le droit pour ces populations là, mais aussi pour nous même de laisser faire cet ignominie : ce ne serait pas juste, ce ne serait pas équitable, ce serait ne plus se respecter nous même. Cette appellation doit être protégée, labélisée afin que personne ne puisse l'employer sans avoir à en justifier par des actes et des faits.

Mais en premier lieu, l'ATES doit faire état de son droit de réponse et demander à FR3, chaine publique, sinon un vrai reportage sur ce qu'est le tourisme équitable, au moins un communiqué démentant le fait que les reportages diffusés s'inscrivaient dans une démarche d'une autre vision du tourisme, certes, mais pas dans les 5 critères définissant ce qu'est une démarche équitable. Je suis certain qu'au ministère des affaires étrangères qui avait participé à cette charte, Bernard Kouchner saurait entendre cette révolte comme il lui est déjà arrivé d'en avoir lui-même, lorsqu'il a créé MSF. Nous ne pouvons pas laisser faire, ne rien dire, et laisser des intérêts mercantiles polluer ce mouvement vers ceux qui n'ont pas eu la chance, comme nous même, de naitre dans un pays de liberté, de relative égalité, et de parfois fraternité.

 

Merci de m'avoir entendu jusque là,

Jean-Claude Flanet

 

Quel avenir pour les Touaregs ?  

Ames Amessalamine, professeur, membre de l'ADDS
(Agadez, Niger, juillet 2006)

Un touareg sur son méhari blanc, derrière une dune et dans le reflet d'un mirage, c'est l'homme bleu, image idyllique comme support de mythification du Touareg. Elle véhicule l'idée de liberté, d'indépendance et incite au romantisme de salon.

Elle occulte du coup le dilemme existentiel du Touareg,  pris entre l'étau d'une modernisation inéluctable et l'obstination dans un mode de vie nomade très précaire.

Mais comment doit-il aborder cette modernisation, quand celle-ci implique des facteurs comme l'éducation ou la formation qui coûtent chères, sans parler des obstacles liés à son mode de vie nomade ? Peut-on rester nomade et être au diapason d'un monde qui s'emballe chaque jour?

Les réponses à ces questions sont bien sûr triviales mais les solutions ne sont pas évidentes.

Le pire c'est de laisser faire la logique de la nature; depuis les années 70, les différentes sécheresses ont décimé leurs ressources vitales; chaque sécheresse produit ses bidonvilles et ses émigrés dans les pays voisins.

Ceux-ci intègrent brutalement une nouvelle vie où la précarité est le lot quotidien, où tous les coups sont permis tant que l'arbitre regarde ailleurs. Ce qui remet en question tout un pan de culture où un code de conduite morale implicite réglait les rapports entre l’individu et la communauté, où la richesse matérielle n’était pas le gage d’une promotion sociale.

Des moyens doivent être mobilisés pour que ces combats réussissent. En plus de l'implication des touaregs eux-mêmes pour leur développement, les Etats où ils vivent, devront les considérer comme des citoyens ordinaires;  non comme de potentiels rebelles qui sont prêts à tout moment de remettre en cause l'ordre établi,  qu'il faut donc réduire à l'état de sous-développé, le plus longtemps possible. Beaucoup d'espoir a été mis dans les Associations et les ONG mais les moyens dont disposent finalement ces organisations sont trop limités pour accélérer le développement tant souhaité. Certaines de ces associations perdent plus de temps dans les dossiers études/diagnostics, qu'au moment où il faut agir, ils ont consommé déjà leur budget et disparaissent. Mais il faut noter cependant que ces associations ont permis de sortir des ténèbres beaucoup de jeunes touaregs par l'appui à des écoles, des formations de tout genre etc.

 

Croq'Nature

Notre volonté est de vous faire découvrir des lieux hors du commun, de vous faire vivre  une « expérience » en partageant au quotidien les réalités de la vie locale, de vous confronter à d’autres vérités. Elle est également d’engendrer un véritable développement à l’initiative de ces hommes et femmes du désert ou des montagnes.

 

Voyages équitables

Le voyage est un moyen privilégié de lien et de compréhension entre les peuples. Il doit permettre  l’épanouissement du voyageur et de l’accueillant. Ses ressources doivent servir un développement durable des populations visitées.

 

 

Amitié Franco Touareg 
Association issue des voyageurs, elle suit et épaule la réalisation des projets de développement financés par 6% du prix de chaque voyage (puits, écoles, centres de santé, formations).

 

 

 

 

 

Issouf Maha - Touareg du XXIe siècle : C'est parce qu’il a envie de partager son expérience qu’Issouf ag Maha a écrit ce livre. Il nous décrit la vie de cette génération de Touaregs, « nés vers » le début des années 60, qui connut les craquements d’une culture malmenée par les bouleversements de l’Histoire : les coups d’État, la scolarisation, la rébellion et, surtout, les terribles sécheresses.

 

 


© Albert Dechambre  © Carrez Léo pour les bandeaux

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Mise à jour le 01/06/07

 

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