Tourisme solidaire 1, 2, 3  partez !

(Consom’action,  Le magazine des bioccop, été 2004)

Voyager sans piller tes pays pauvres et en favorisant les rencontres et le développement séduit un nombre grandissant de voyageurs. Les organismes de tourisme solidaire sortent de ta marginalité avec des formules variées.

Michèle Agostini, au service des ressources humaines de la Cabso, une des plates-formes du réseau biocoop, n'a pas pour habitude de voyager.  Cependant, sa rencontre avec un chamelier du Sahara en mars dernier l'a décidée à monter une association pour soutenir son activité de découverte touristique du désert... Cette histoire illustre bien le mouvement d'idées qui dirige un nombre grandissant de voyageurs.  Ils ne veulent plus du pénible sentiment de frustration que donne un voyage organisé traditionnel dans un pays en voie de développement!  Véritable levier économique, mais rentable surtout au Nord, l'activité touristique de masse ne laisse, au mieux, qu'un cinquième en moyenne du prix d'achat du séjour dans les pays hôtes du Sud, comme le souligne Françoise Alaoui de Fédération Artisans du Monde dans Pour un tourisme équitable, publié en août 2001.  Au pire, elle criminalise l'économie en stimulant le fleurissement de pôles de prostitution.

 

 

Rencontres et échanges dans un village africain choisi par Tourisme et Développement Solidaire.

 

Des alternatives se développent

Pourtant, acheter un voyage organisé sans détruire l'économie fragile des pays en voie de développement est possible. Face aux grands acteurs touristiques, des alternatives se développent. Une trentaine au moins existeraient en France, selon le guide 2002 de l'Union nationale des associations de tourisme et de plein air (Unat).  Cette union, qui rassemble associations et mutuelles dans le domaine du tourisme familial, a même pointé en mars 2004 une vingtaine d'offres qui correspondent encore plus étroitement aux critères de développement solidaire. « Il ne s'agit pas d'un label, nous en sommes encore loin», tient à préciser Carla Rasera, chargée des relations internationales de l'Unat. « Cependant ce repérage permet d'aiguiller les voyageurs qui peuvent voir apparaître chez les tours opérateurs traditionnels à l'affût de la moindre niche économique, des offres vantant l'aspect solidaire de voyages dont seul 1 % du prix revient à des actions de développement», signale Jean Cordon, vice-président de Loisirs Vacances et Tourisme, adhérant de l'Unat.

Ces organisations ont entre deux et vingt ans de pratique et salarient rarement plus de deux personnes.  Les offres concernent souvent l’Afrique, moins souvent l’Amérique du Sud, et encore peu l'Europe, parfois l'Inde, à des prix compris entre 800 et 2800 euros, qui dépendent notamment du prix du billet d'avion et dont 6 à 20 % financent des projets de développement locaux.  On reconnaît notamment ces organismes par leur offre qui s'adresse à de petits groupes - une douzaine de personnes au maximum leur information et sensibilisation et leur volonté de rendre transparente l'utilisation des bénéfices. ils ont mis en place des critères qui s'articulent autour d'axes fondamentaux et qui définissent ce que l'on appelle «le tourisme solidaire et responsable»: la sensibilisation des voyageurs, le respect de l'environnement, les retombées économiques locales et le choix de prestataires locaux, les rencontres avec la population locale, les implications dans un ou plusieurs projets de développement sur place.

 

Voyager moins mais mieux

« Voyageons moins souvent mais plus équitablement et non au profit de chaînes hôtelières! » C'est le credo de Valérie Delamerie, qui a recouru, il y a un an, à un organisme de tourisme solidaire. Cette responsable de société engagée dans l'activité du commerce équitable du Sud-Ouest a dormi avec ses trois enfants sous la tente chez les Touaregs dans le Sahara marocain pendant une semaine.  Malgré son coût un peu élevé et la tempête de sable qui les a bloqués deux jours dans une minuscule pièce en dur, l'aventure l'a enthousiasmée. « J'ai l'habitude de voyager pour mon travail dans l'Inde défavorisée :j'ai bien vite remarqué que l'activité pratiquée depuis des années avait amélioré la vie du cercle large de cette famille au Maroc.  Quand les gens travaillent en étant respectés cela se sent. »

 

Accorder tourisme et culture...

Ce séjour de randonnée chamelière saharienne est le produit phare de Croq' Nature, le leader et vétéran. Au nord du Niger, l'association épaule une organisation locale qui lutte contre l'insécurité alimentaire, et dont le centre d'agro-écologie et de développement intégré a formé trente jardiniers, notamment à l'agriculture biologique.  L’association partenaire d'un projet culturel financé par l'Unesco participe à redynamiser l'apprentissage de la musique inzad transmise par les femmes, ce qui agrémente le circuit touristique et favorise le développement local.  CQFD.

 

...  développement et rencontre

Africaines et résolument sédentaires, les propositions de Tourisme et Développement Solidaire (TDS) sont axées sur des séjours au coeur de plusieurs villages du Sahel au Burkina Faso.  TDS, qui modélise sa méthode, se contente de choisir les villages pour leur taille, leur cohésion sociale et leurs projets avec l'aval de ministères du pays et à apporter une formation à l'hygiène, à la santé et à l'encadrement.  La gestion, les emplois locaux, les bénéfices sont assumés par les comités de gestion locaux.  Certains ont décidé par exemple de cultiver un jardin potager pour approvisionner les tables des voyageurs et éviter les achats à la ville.

Ecotours, spécialiste de L’Amérique centrale pour les séjours-rencontres avec les populations locales parfois indiennes, et de découverte de la nature du Costa-Rica, au Panama, au Nicaragua, s'appuie pour sa part sur un réseau de gîtes        gérés par des communautés ou des coopératives agricoles et dont les entrées touristiques peuvent représenter jusqu'à 30 % des revenus. «Dans les plus anciens partenariats, l'amélioration de la qualité de vie se mesure par exemple, à la scolarisation des enfants qui partent suivre parfois des études d'ingénieur», explique Henry Rosemberg, le directeur.

Adoptez la bonne attitude

«Se comporter correctement pendant le voyage nécessite, d'observer les usages», juge Bernard Rossigneux, 72 ans.  Ce fondateur de la biocoop de Dijon aime se placer au plus près de la vie de ses hôtes. « Chez les Touaregs, il faut laisser son assiette aux deux tiers pleine pour signifier qu'on est repu, sinon elle est systématiquement remplie par des gens qui ont peut-être à peine de quoi se nourrir. » Avant de prendre des photos, il demande aussi la permission, meme quand il s'agit de lieux. «En pays dogon, où j'ai inauguré cette année le nouveau circuit  Croq’Nature, certains endroits troglodytes voués  aux esprits étaient tabous. » Valérie, autre voyageuse solidaire, s’est dessiné une ligne de conduite stricte. «Je descends dans les petits h6tels et, pensions dont les bénéfices reviennent à l'économie locale. J’évite de discuter les prix, c'est déplacé.  Je refuse la mendicité des enfants mais réponds plus volontiers à celle des  personnes âgées démunies.  Il faut surtout ne pas à s'attacher un enfant en lui faisant partager le luxe du séjour puis le laisser retourner à sa condition. »   

Quant aux dons, attention à leurs conséquences néfastes! La distribution de vêtements peut ruiner le tailleur local. Les voyagistes recommandent le don de médicaments de base et d'argent aux associations de développement. Enfin le boycott des pays dictatoriaux est prôné par Amnesty international, notamment celui de la Birmanie où l'Etat utilise, selon L'OIT, de la main-d'oeuvre forcée pour aménager les sites touristiques.  Jean Codron, vice- président de LVT (Loisirs, Vacances et Tourisme), a pour sa part attendu que les séquelles du franquisme disparaissent avant de faire du tourisme en Espagne, et il ne veut plus se rendre en République dominicaine maintenant que le tourisme sexuel s'y développe.

 

Passages-Voyage démarre avec un public de chercheurs, d'universitaires, d'agents territoriaux dans des échanges internationaux et propose au Brésil et au Maroc des découvertes sociales et solidaires.

La Route des Sens, qui diffuse notamment ses séjours dans une vingtaine de biocoops, soutient quant à elle des projets de développement choisis par les communautés locales au Panama, au Maroc et bientôt au Laos.  Mais au terme de cinq ans, elle se retire pour laisser place à la gestion par des associations locales.  Des relais existent aussi qui orientent gracieusement vers des organisations de tourisme solidaire des pays en voie de développement. 

SME Mass Educatin piloté par des membres de Terre des Hommes, soutient à leur demande Mass Éducation, une association à l'oeuvre depuis vingt ans dans le delta du Gange, qui y scolarise notamment quinze mille enfants.  Un accompagnateur de l'organisation mène les voyageurs au gré de ses déplacements dans les centres d'activité, les écoles, les centres de formation, les dispensaires. «Ainsi, souligne Josiane Lapotre, secrétaire de l'association, pas un voyage ne se ressemble!».  La nuitée a lieu dans les locaux associatifs car les habitants sont trop pauvres pour accueillir.

Pour en citer un dernier, Les Amis de Shekhawatî réalise aussi un relais vers l'association du hameau du Radjasthan, en Inde. L!hébergement dans un des huit bungalows en matériaux traditionnels et la nourriture issue de culture biologique permettent de développer le tourisme durable.  Les bénéfices sont redistribués pour des projets de développement locaux, des associations d'aide aux enfants handicapés, ou favorisant le travail des femmes.

Gwénaël Le Morzellec

 

 

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